Je cognai sur ma vitre ; il s'arrêta devant
Ma porte, que j'ouvris d'une façon civile.
Les ânes revenaient du marché de la ville,
Portant les paysans accroupis sur leurs bâts.
C'était le vieux qui vit dans une niche au bas
De la montée, et rêve, attendant, solitaire,
Un rayon du ciel triste, un liard de la terre,
Tendant les mains pour l'homme et les joignant pour Dieu.
je lui criai : « Venez vous réchauffer un peu.
Comment vous nommez-vous ? » Il me dit : « Je me nomme
Le pauvre. » Je lui pris la main : « Entrez, brave homme. »
Et je lui fis donner une jatte de lait.
Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait,
Et je lui répondais, pensif et sans l'entendre.
« Vos habits sont mouillés », dis-je, « il faut les étendre ,
Devant la cheminée. » Il s'approcha du feu.
Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu,
Étalé largement sur la chaude fournaise,
Piqué de mille trous par la lueur de braise,
Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé.
Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé
D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières,
Je songeais que cet homme était plein de prières,
Et je regardais, sourd à ce que nous disions,
Sa bure où je voyais des constellations,
Portant les paysans accroupis sur leurs bâts.
C'était le vieux qui vit dans une niche au bas
De la montée, et rêve, attendant, solitaire,
Un rayon du ciel triste, un liard de la terre,
Tendant les mains pour l'homme et les joignant pour Dieu.
je lui criai : « Venez vous réchauffer un peu.
Comment vous nommez-vous ? » Il me dit : « Je me nomme
Le pauvre. » Je lui pris la main : « Entrez, brave homme. »
Et je lui fis donner une jatte de lait.
Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait,
Et je lui répondais, pensif et sans l'entendre.
« Vos habits sont mouillés », dis-je, « il faut les étendre ,
Devant la cheminée. » Il s'approcha du feu.
Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu,
Étalé largement sur la chaude fournaise,
Piqué de mille trous par la lueur de braise,
Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé.
Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé
D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières,
Je songeais que cet homme était plein de prières,
Et je regardais, sourd à ce que nous disions,
Sa bure où je voyais des constellations,


"The Beggar," Victor Hugo
ReplyDeleteA poor man was passing by in the frost and wind.
I tapped on my window; he stopped in front of
My door, which I opened in a polite manner.
The donkeys were returning from the town market,
Carrying the peasants crouched on their packsaddles.
It was the old man who lives in a niche at the bottom
Of the hill, and dreams, waiting, alone,
For a ray of light from the sad sky, a penny from the earth,
Holding out his hands to man and joining them in prayer to God.
I called out to him: "Come in and warm yourself a little.
What is your name?" He said to me: "My name is
The Poor Man." I took his hand: "Come in, good man."
And I had a bowl of milk given to him.
The old man was shivering with cold; he spoke to me,
And I answered him, thoughtful and not really listening.
"Your clothes are wet," I said, "you must spread them out
In front of the fireplace." He approached the fire.
His coat, all eaten by moths, and once blue,
Spread wide over the warm hearth,
Pierced with a thousand holes by the glow of the embers,
Covered the fireplace, and looked like a starry black sky.
And, while he was drying this desolate rag
From which the rain and the water from the puddles dripped,
I reflected that this man was full of prayers,
And I looked, deaf to what we were saying,
At his coarse garment where I saw constellations,